Après un marathon législatif de plus de 20 heures, le Yuan législatif a fini d’adopter cet après-midi en troisième lecture, dans une ambiance très tendue, le projet de budget de l’Etat pour l’année 2025. Celui-ci prévoyait initialement des recettes d'environ 3153,4 milliards NTD (93 milliards d’euros) pour des dépenses annuelles de 3132,5 milliards NTD (92,5 milliards d’euros). Les députés du Kuomintang (KMT) et du Parti du Peuple taïwanais (TPP), qui détiennent à eux deux la majorité parlementaire, ont voté une réduction des dépenses d’environ 207,5 milliards NTD (6,1 milliards d’euros), soit 6,63%, un niveau de coupe budgétaire record dans l’histoire du pays.
Parmi les 207,5 milliards NTD coupés, environ 93 900 000 000 dollars taïwanais (environ 2,9 milliards d’euros) concerne une coupe générale des différents ministères. Ces derniers devront réduire 10% de leurs frais d’électricité et en eau, et de 60% des budgets spéciaux des responsables (c’est-à-dire les dépenses au nom du ministre et des vice-ministres pour les cadeaux souvenirs, les fleurs ou les enveloppes rouges). Les ministères perdent aussi 60% de leur budget promotionnel.
Le reste de la coupe concerne essentiellement les 100 milliards NTD (3,09 milliards d’euros) que le ministère de l’Economie avait prévu d’allouer à la société nationale d’électricité Taipower pour compenser ses pertes.
Un budget de 2 milliards NTD (59 millions d’euros) avait initialement été alloué au ministère de la Défense pour la suite du développement des sous-marins Haikun, produits localement à Taïwan, mais la moitié de ce budget a été gelé jusqu’à ce que le prototype de sous-matin réussisse son test d’essai en mer.
Les dépenses du ministère des Affaires étrangères ont été réduites de 400 millions NTD (11,8 millions d’euros) pour la coopération bilatérale et multilatérale, et celles du ministère du Numérique de 200 millions NTD (5,9 millions euros).
70% des dépenses de fonctionnement (comprenant les frais de formation, ceux de communication ou de loyer) du Palais présidentiel et 50% de celles du ministère des Affaires étrangères ont été gelées. Le Palais présidentiel doit d’abord utiliser 30% de son budget de fonctionnement avant de demander un dégel au Parlement.
Ce matin, alors que l’examen du budget en 3e lecture n’était pas encore achevé, le Premier ministre Cho Jung-tai (卓榮泰) a tenu une conférence de presse pour tirer la sonnette d’alarme :“Le Yuan exécutif ne peut absolument pas accepter l'idée selon laquelle les augmentations de budget proposées par le gouvernement puissent être considérées comme du gaspillage qui peut être supprimé dans son ensemble de manière extravagante. Nous regrettons profondément que les propositions du gouvernement, qui étaient soigneusement élaborées, y compris le budget pour la santé, soient supprimées. C’est extrêmement regrettable.”
Chen Yu-jen (陳玉珍), secrétaire générale adjointe du groupe parlementaire du KMT, a quant à elle tenu à souligner que malgré ces réductions budgétaires, le montant global du budget demeurait légèrement supérieur à celui de 2024 et que la situation n’était donc pas aussi alarmante que le gouvernement ne souhaitait le laisser penser. Elle a indiqué que certaines dépenses étaient simplement « gelées » et qu’elles pouvaient être « dégelées » sous certaines conditions et suite de votes d’approbation du Yuan législatif.
La secrétaire générale du groupe parlementaire du Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir, Wu Szu-yao (吳思瑤), a précisé que certains amendements proposés par le KMT avaient été retirés suite au tollé provoqué dans le public, mais qu’au final, les coupes et gels budgétaires demeuraient les plus importants de l’histoire de la République de Chine.
Dans la soirée, le Président Lai Ching-te (賴清德) s’est exprimé sur les réseaux sociaux. Il a affirmé que l’impact sur le gouvernement de ces gels et réductions budgétaires était sans précédent, et a appelé le Yuan exécutif à faire très rapidement le point sur les éventuels services qui devront être supprimés en conséquence, afin de faire un rapport à la population. En parallèle, il a exhorté l’opposition à reconsidérer ces décisions, afin que le pays puisse fonctionner normalement.
Le Yuan de Contrôle, considérant que ses dépenses de fonctionnement ayant été réduites de moitié et qu’il n’est plus en mesure d’assurer ses missions prévues par la Constitution, a indiqué qu’il n’excluait pas de déposer une plainte auprès de la Cour constitutionnelle.