A l’occasion du 14e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima, causée par un fort séisme et un tsunami au Japon le 11 mars 2014, les ONG taïwanaises opposées à l’énergie nucléaire, réunies sous la bannière de “Plateforme nationale d'action pour l’arrêt du nucléaire”, ont organisé aujourd’hui une conférence de presse. Dans un contexte où le dernier réacteur nucléaire taïwanais encore en service, à la centrale numéro 3 de Pingtung, devrait être mise à l’arrêt d’ici au 17 mai prochain, où le parti d’opposition KMT souhaite proposer un amendement pour prolonger de 20 ans la durée de vie des réacteurs nucléaires et où le Premier ministre Cho Jung-tai (卓榮泰) se dit ouvert à de nouvelles technologies nucléaires sous certaines conditions, les ONG ont annoncé qu’elles mettraient sur la table des propositions d’amendements en vue de renforcer la sûreté nucléaire.
Tsui Su-hsin (崔愫欣), secrétaire générale de Green Citizens’ Action Alliance, a indiqué que le KMT (qui, avec le TPP, détient actuellement la majorité des sièges au Yuan législatif) souhaitait remettre en question l’objectif de sortie du nucléaire que s’était fixé le gouvernement taïwanais, en remplaçant cet objectif par la neutralité carbone. Cependant, selon elle, le KMT n’aurait pas sérieusement étudié la question de la sécurité des installations nucléaires, ni l’impact de la production de déchets radioactifs.
L’avocate Tsai Ya-ying (蔡雅瀅) qui travaille pour Wild at Heart Legal Defense Association, a quant à elle précisé que les amendements qui seront proposés par les ONG pour cette session parlementaire porteront notamment sur le fait qu’en cas d’accident nucléaire, les plans d’intervention d’urgence devraient concerner une zone d’au minimum 30 km autour de l'installation nucléaire en question. Les ONG préconisent aussi que les dommages sanitaires, environnementaux et économiques soient inclus dans le champ d’indemnisation des catastrophes nucléaires, et que les clauses d’exemption dues aux conflits armés internationaux et aux catastrophes naturelles majeures soient supprimées.
Tsai Ya-ying a déclaré au sujet de la sélection des sites de stockage des déchets radioactifs :“Étant donné que la superficie de notre pays est très petite, si un accident nucléaire se produit, tout le pays pourrait être touché et de nombreuses personnes en subiront les conséquences. Ainsi, la sélection des sites devrait répondre à des normes les plus élevées au monde. Nous pensons que le Comité de sûreté nucléaire devrait référencer les normes des pays utilisant l’énergie nucléaire, afin de s’inspirer des normes les plus strictes. Par ailleurs, tout le monde pourrait s’exprimer dans le cadre d’auditions, en vue d’établir les normes de sélection pour les sites.”
Le directeur adjoint de Citizen of the Earth, Huang Ching-ting (黃靖庭) a pour sa part souligné qu’un récent incendie dans la tour de refroidissement de la centrale nucléaire numéro 3 de Pingtung avait montré que ni la compagnie publique d’électricité Taipower, ni le gouvernement n’étaient bien préparés à une éventuelle catastrophe nucléaire de grande ampleur. Il a rappelé que cette centrale avait connu plus de 30 anomalies et infractions à son fonctionnement depuis sa mise en service en 1984. En outre, elle est très proche de la faille sismique active de Hengchun. Or, le renforcement antisismique n’a pas encore été achevé, a-t-il souligné, ce qui devrait remettre en cause la possibilité d’une prolongation de la durée de vie de la centrale de manière sûre.
Ainsi, selon Huang Ching-ting, la priorité devrait être donnée à la sûreté et au démantèlement des réacteurs selon la loi, et conformément au principe de justice intergénérationnelle. Les ONG pointent du doigt le fait que les députés d’opposition ferment les yeux sur les dangers du nucléaire et sur son coût réel, afin de privilégier leurs propres intérêts partisans. Dans ce contexte, elles ont apporté leur soutien à la récente campagne pour la destitution de plusieurs députés du KMT, en particulier ceux ayant une position pro-nucléaire.