Le vice-ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur en France François Wu Chih-chung (吳志中) a donné une interview au magazine ukrainien "Counteroffensive" début janvier qui vient d’être publiée. Il a souligné qu’au cours de ces dernières décennies, il était généralement admis par les cercles de réflexion en géopolitique que l'intégration de la Chine et de la Russie dans le système commercial mondial contribuerait à promouvoir leur démocratisation. Cependant, l’attaque de l’Ukraine par la Russie a montré que cela était une vision trop naïve. Selon Wu Chih-chung, la réponse stratégique appropriée actuelle serait d’essayer de séparer la “chaîne d’approvisionnement rouge” et la “chaîne d’approvisionnement démocratique”.
L’article souligne par ailleurs que Taïwan a tiré les leçons de la guerre russo-ukrainienne sur le plan technologique, à savoir l’importance des drones de petite taille, fabriqués en grande quantité à un prix abordable. Le gouvernement taïwanais a ainsi lancé un programme national de développement de drones en 2022, avec comme objectif de produire 15 000 drones tous les mois dans les prochaines années. Le Président Lai Ching-te (賴清德) a souligné à cet égard, dans son discours d’investiture en mai dernier, son souhait que Taïwan devienne le principal hub asiatique des chaînes d’approvisionnement en drones pour les démocraties occidentales.
Le vice-ministre a précisé que Taïwan espère jouer un rôle plus important dans la restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales, en garantissant que ses semi-conducteurs ne finiraient pas entre les mains de la Russie ou d’autres pays autoritaires, tout en renforçant la défense locale pour répondre aux menaces militaires chinoises. Wu Chih-chung estime que Taïwan est un acteur clé, non seulement en raison de sa position prépondérante dans la production de semi-conducteurs, mais aussi en tant que démocratie, à condition que les autres démocraties coopèrent avec Taïwan d’égal à égal.
Le développement des technologies liées aux drones nécessite des échanges d’informations au niveau international. Or, de nombreux pays ont refusé toute coopération militaire avec Taïwan depuis 30 ou 40 ans, a expliqué Wu Chih-chung. Toutefois, Taïwan possède de nombreux talents dans les domaines des sciences et technologies et les expériences passées ont montré qu’il était possible de mener des coopérations fructueuses de manière non-officielle avec Taïwan.