Le Yuan législatif a adopté aujourd'hui 13 mai en troisième lecture un amendement à l'article 6 de la loi sur le contrôle des installations de réacteurs nucléaires, supprimant le plafond de 40 ans pour la durée de vie opérationnelle des centrales nucléaires. Selon cet amendement, si la licence d’exploitation expire, la compagnie publique d’électricité Taipower peut s’adresser au Conseil de sûreté nucléaire, qui sera chargé de vérifier qu'il n'y a aucun problème de sécurité. Celui-ci pourra ensuite approuver le renouvellement de la licence d’exploitation du réacteur nucléaire pour une prolongation de 20 ans au maximum.
Le vote de cet amendement, proposé conjointement par les partis d’opposition Kuomintang (KMT) et Parti du Peuple taïwanais (TPP), intervient à quelques jours de la fin des opérations du dernier réacteur nucléaire taïwanais en fonction. Le deuxième réacteur de la centrale nucléaire numéro 3 située à Pingtung doit en effet cesser de fonctionner ce samedi 17 mai conformément à la loi. Cela fait plusieurs mois que le KMT milite en faveur d’une prolongation de sa durée de vie.
Ko Ju-chun (葛如鈞), député du KMT et président de la Commission parlementaire éducation et culture, a affirmé aujourd’hui au Yuan législatif que l’énergie nucléaire n’était pas parfaite, mais qu’elle était nécessaire pour que les Taïwanais et les entreprises puissent bénéficier d’une électricité stable et à un coût abordable. Il a précisé que le recours au nucléaire était une tendance internationale et que la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires ne pourrait se faire que si le gouvernement en éprouvait le besoin, si la société nationale Taipower en faisait la demande et que le Conseil de sûreté nucléaire confirmait l’absence de problème de sécurité. La sécurité demeure ainsi, selon lui, la priorité.
Wu Su-yao (吳思瑤 Rosalia Wu), secrétaire générale du groupe parlementaire du Parti démocrate progressiste (DPP) actuellement au pouvoir, a quant à elle déclaré cet après-midi au Yuan législatif que le seul pays au monde actuellement capable de gérer des déchets radioactifs de haute activité était la Finlande, car ce pays possède un vaste territoire et une population clairsemée, ne connaît ni tremblements de terre ni typhons, et les conditions géologiques le permettent. Malgré cela, il a fallu 50 ans de dialogue avec les habitants pour parvenir à un consensus. En ce qui concerne Taïwan, la situation est beaucoup plus compliquée et les partis d’opposition n’ont pas proposé une manière satisfaisante de gérer les déchets radioactifs.
Elle a déclaré : “Actuellement, à Taïwan, aucun gouvernement local n'ose organiser un référendum sur le stockage définitif des déchets nucléaires de faible activité. Et si nous voulons modifier la loi sur le contrôle du nucléaire, un autre amendement important à apporter est la question du choix des sites de stockage des déchets nucléaires de haute et de faible activité. Pourquoi le Kuomintang et le Parti du Peuple taïwanais n'osent-ils pas amender ce point ? Ils ne modifient que la moitié de la loi. Ce qu’ils cherchent, c'est à escroquer tout Taïwan.”
Wu Su-yao a a par ailleurs critiqué le manque de discussions approfondies au Yuan législatif à ce sujet et l’absence de consensus au sein de la société. A noter que ce point fait partie des trois préconditions du DPP et du gouvernement pour introduire de nouvelles technologies nucléaires : qu’elles soient sûres, que le problème des déchets puisse être résolu et qu’il existe un consensus suffisant au sein de la population.
Le groupe parlementaire du DPP a ainsi voté contre cet amendement, mais n’a pas pu empêcher son adoption, étant en minorité au Yuan législatif.