Lutz Güllner, directeur du Bureau économique et commercial européen à Taipei, a accordé une interview à Nikkei Asia. Il a déclaré que la sécurité ne se limitait pas à la sécurité militaire, car de nombreux éléments pouvaient être transformés en armes, citant notamment des menaces hybrides telles que la désinformation, l’infiltration ou la déstabilisation.
Lutz Güllner a souligné que la Chine intensifiait sa pression politique, économique, militaire, cybernétique et cognitive sur Taïwan pour contraindre l’île, tout en restant en deçà du seuil de confrontation directe. Il s’agit de harcèlement en zone grise, qui désigne des actions hostiles qui ne constituent pas un conflit armé à grande échelle. Un récent livre blanc de l'UE met en garde contre un changement du statu quo dans le détroit de Taïwan, qui accroîtrait le risque de bouleversements majeurs, ayant des implications économiques et stratégiques considérables pour l'Europe », ajoutant que l'UE pourrait être privée de matériaux, de technologies et de composants essentiels.
Par ailleurs, Lutz Güllner a mis l’accent sur le fait que Taïwan et l'Union européenne étaient des partenaires naturels pour la protection des câbles sous-marins et la lutte contre la guerre hybride, et que les deux parties cherchent à renforcer leur sécurité économique et leur résilience face aux menaces extérieures. Il a rappelé que l’UE avait inclus Taïwan dans sa stratégie Indo-Pacifique dès 2021.
En ce qui concerne les câbles sous-marins, nous avons constaté de nombreuses similitudes entre ce qui s'est passé en mer Baltique et autour de Taïwan, a-t-il souligné, rappelant que ces infrastructures essentielles étaient vulnérables aux interférences de la Russie et de la Chine. Il a précisé que le développement des drones constituait aussi une priorité commune pour les deux parties.