A l’occasion du 60e anniversaire de la déclaration pro-indépendance (Declaration of Formosan Self-Salvation) co-rédigée par l’ancien conseiller présidentiel Peng Ming-min (彭明敏), décédé en 2022, la fondation éponyme a organisé une conférence de presse pour rappeler que les injustices à son égard n’avaient pas encore été entièrement réparées. La Fondation Peng Ming-min a présenté trois demandes dans le cadre de la justice transitionnelle : l’accélération de la procédure de réhabilitation pour Peng Ming-min et les co-rédacteurs de cette déclaration Roger Hsieh (謝聰敏) et Wei Ting-chao (魏廷朝), et d’autres étudiants de l’époque, ainsi que la mise en oeuvre de la justice transitionnelle sur les campus universitaires en supprimant tous les symboles de l’autoritarisme et en promouvant le dialogue.
Pour mémoire, cette déclaration exigeait la liberté de rassemblement et d'association, et préconisait notamment la formulation d'une nouvelle Constitution, brisant ainsi les tabous du système de parti-Etat du Kuomintang, à l’époque de la loi martiale. Les co-rédacteurs avaient ainsi été condamnés pour « rébellion » par les autorités. Le Président de la Fondation Peng Ming-min a indiqué que Roger Hsieh et Wei Ting-chao avaient été réhabilités, mais pas encore Peng Ming-min et d’autres étudiants et enseignants, soulignant un deux poids deux mesures injuste.
Sih Han-tsun (薛翰駿), directeur de la Fondation Roger Hsieh, a rappelé que la Commission pour la justice transitionnelle avait été dissoute il y a deux ans et ses travaux transférés aux différents ministères, mais que la récente déclaration de Ko Wen-je (柯文哲), président du Parti du peuple taïwanais (TPP) et l’ancien maire de Taipei arrêté récemment dans le cadre d’une enquête pour corruption, selon laquelle il s’agissait d’un « nouvel autoritarisme » digne d’un « parti-Etat », montrait que la période autoritaire de la Terreur blanche n’avais pas encore été bien comprise.
Pour mémoire, Peng Ming-min, né sous la colonisation japonaise, a fait ses études au Japon, au Canada, en France et aux Etats-Unis avant de devenir professeur de sciences politiques à l’Université nationale de Taïwan. Il a été condamné à huit ans de prison pour la publication de cette déclaration mais a été amnistié au bout de quelques mois. Il a vécu en exil jusqu’en 1992, où il est revenu à Taïwan après la levée de la loi martiale. Il était candidat face à Lee Teng-hui (李登輝) lors de la première élection présidentielle au suffrage universel en 1996 représentant le KMT. Il a ensuite été nommé conseiller du Président Chen Shui-bian (陳水扁), du DPP, en 2000. Il est décédé à l’âge de 98 ans, disparition que la Présidente de l’époque, Tsai Ing-wen (蔡英文), a déplorée.