Un rapport publié hier par la Taiwan Association for Human Rights (TAHR) et l'ONG japonaise Human Rights Now révèle que des pêcheurs migrants travaillant sur des bateaux de pêche taïwanais en haute mer ont été soumis au travail forcé, et notamment à des retenues illégales sur salaires et à des heures supplémentaires excessives. Le rapport se base sur des entretiens réalisés avec des pêcheurs, indonésiens pour la plupart, travaillant sur deux bateaux de pêche taïwanais, le You Fu (銪富) et le Yu Shun No. 668 (裕順668號) au cours des deux dernières années.
Les témoignages évoquent des retenues sur salaires allant de 11 à 15 mois de salaires, des plages horaires de 18 à 20h de travail continu malgré des contrats mentionnant une durée minimale de 8h de repos par jour, ou encore l'absence de wifi à bord des bateaux, laissant les pêcheurs dans l'impossibilité de contacter leur famille. Shih Yi-hsiang (施逸翔), chercheur à la TAHR, a indiqué que les témoignages montraient que le You Fu remplissait 8 des 11 indicateurs de travail forcé identifiés par l'Organisation mondiale du travail.
Les procureurs enquêtant sur le dossier du You Fu ont trouvé que les prises du bateau étaient vendues à FCF Co., un exportateur de fruits de mer basé à Taïwan et à destination du marché japonais. Le Yu Shun No. 668, quant à lui, faisait partie d'une flotte de palangriers opérés par l'entreprise japonaise de fruits de mer Shingaz Japan.
La TAHR a appelé le gouvernement taïwanais à abolir le système actuel qui ne permet pas aux pêcheurs étrangers d'Asie du Sud-Est employés sur des bateaux taïwanais en haute mer d'être couverts par la loi fondamentale sur le travail (Labor Standards Act) et par la loi sur la sécurité et la santé au travail (Occupational Safety and Health Act). Le rapport exige également du gouvernement taïwanais l’adoption d'une loi de transposition de la Convention (n° 188) sur le travail dans la pêche de 2007 de l’Organisation internationale du travail.
Le Bureau des pêches de Taïwan a réagi en indiquant être intervenu dans les deux affaires, précisant que tous les pêcheurs étrangers avaient reçu leurs mois de salaire manquants et que des enquêtes étaient actuellement en cours en lien avec les indices de travail forcé.