Le vice-ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur de Taïwan en France, François Wu Chih-chung (吳志中) a fait une apparition remarquée hier 17 novembre lors d’un séminaire organisé à la Maison de l’Amérique latine à Paris par Fondation française pour la recherche stratégique (FRS). Françoise Mengin, directrice de recherche du Centre d’études internationales de Sciences Po, s’est aussi exprimée lors de ce séminaire animé par Simon Menet, chercheur à la FRS. Il s’agirait de la première participation d’un vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères à un événement public à Paris depuis près de dix ans.
A cette occasion, François Wu a présenté la stratégie de Taïwan pour contrer la menace chinoise en s’appuyant sur trois piliers : la volonté de se défendre, la présence militaire de divers pays de la région Asie-Pacifique et le soutien international permettant à Taïwan de jouer un rôle positif. Revenant tout d’abord sur la situation économique, il a rappelé que le PIB par habitant de Taïwan avait dépassé celui du Japon l'an dernier et devrait dépasser celui de la Corée du Sud cette année. Taïwan est également le leader du secteur des semi-conducteurs. « Sur le plan économique et scientifique, Taïwan n'a jamais été aussi puissant et aussi populaire à l'échelle mondiale », a-t-il affirmé, tout en précisant qu'au même moment, Taïwan n’avait jamais été confronté à une menace aussi importante de la part de la Chine qu’actuellement.
François Wu a indiqué que, pour éviter une attaque chinoise, Taïwan s'est engagé à renforcer trois piliers. Tout d’abord, ses capacités militaires, avec un budget de la défense qui devrait atteindre 5 % du PIB d'ici à 2030, démontrant une volonté ferme de défendre la nation. Deuxièmement, la convergence des puissances militaires mondiales en faveur du maintien du statu quo, avec le passage de navires américains, canadiens, australiens, néo-zélandais, japonais, néerlandais, français, britanniques, allemands, italiens et turcs dans le détroit de Taïwan. Troisièmement, Taïwan joue un rôle exemplaire au sein de la communauté internationale, comme en témoigne le fait que le gouvernement avait alerté très tôt l’OMS sur la propagation d’un virus en Chine fin 2019. François Wu a par ailleurs souligné que les géants de l’internet et de l’IA, tels qu’Amazon, Google et Nvidia, avaient une grande confiance dans l’avenir de Taïwan, puisqu’ils avaient décidé de s’y implanter.
Interrogé sur le discours de la Vice-Présidente Hsiao Bi-khim (蕭美琴) lors du sommet de l'Alliance interparlementaire sur la Chine (IPAC) au Parlement européen le 7 novembre, François Wu, a déclaré que cela a nécessité d’intenses négociations avec la Belgique, l’UE, le Parlement européen et même l’Allemagne, où Hsiao Bi-khim ayant effectué une escale. Il a souligné que cela est véritablement inédit. En outre, le ministre des Affaires étrangères, Lin Chia-lung (林佳龍), a également effectué des visites dans des pays européens en septembre et en novembre ce qui constituait aussi une première. Selon François Wu, cette évolution découle de la politique du gouvernement taïwanais qui vise, depuis le retour au pouvoir du DPP en 2016, à diversifier ses partenariats.
Enfin, le vice-ministre a regretté le fait que Taïwan, malgré les éloges concernant son système démocratique, demeure exclu des instances internationales. Il s’est dit profondément déçu par le placement du drapeau de la République de Chine à côté de ceux de la Russie et de la Biélorussie sur les sites des JO de Paris en 2024
Soulignant que la réglementation de l'UE reposait sur le concept de sui generis, c'est-à-dire une forme de droit propre à l'UE, François Wu a indiqué que la situation de Taïwan était également sui generis, représentant une nouvelle forme d'existence nationale : « Nous possédons tous les éléments qui constituent un État souverain et indépendant : notre propre monnaie, notre armée, notre diplomatie et notre propre mode d’existence au sein de la communauté internationale », a-t-il souligné.