Sans prévenir les pays avoisinants, l’Armée populaire de libération (APL) chinoise a lancé ce 29 décembre matin des exercices militaires autour de Taïwan et a annoncé par ailleurs que des exercices à tirs réels auraient lieu demain de 08h00 à 18h00 dans cinq zones maritimes entourant Taïwan. Selon l’armée chinoise, ces exercices « Mission justice 2025 » sont « un avertissement sérieux visant les forces indépendantistes et sécessionnistes taïwanaises et les ingérences étrangères. » Les navires non engagés sont vivement appelés à se tenir à l’écart de la zone d’opération pour des raisons de sécurité.
La Défense taïwanaise en alerte
En réaction à cette situation inattendue, le ministère taïwanais de la Défense a entrepris des « exercices militaires de réaction immédiate au combat », afin que les troupes soient en alerte et prêtes à réagir à d'éventuels incidents impromptus.
Le porte-parole adjoint du ministère, Chiao Fu-chun (喬福駿), a condamné la provocation de Pékin : « Le ministère de la Défense condamne sévèrement une telle conduite provocatrice irrationnelle. Nous avons mis en œuvre une cellule de réaction et déployé des forces adéquates prêtes à combattre. Nous défendons fermement la liberté, la démocratie et la souveraineté de la République de Chine (Taïwan) par des actions concrètes. »
La Défense taïwanaise a tenu à souligner que le fait de défendre la démocratie et la liberté n'était en aucun cas une provocation et que l'existence de la République de Chine (Taïwan) ne saurait être un prétexte pour justifier des agressions visant à changer le statu quo.
Une vente d’armes américaines à Taïwan condamnée par la Chine
Les exercices militaires chinois font suite à la nouvelle vente d’armes américaines à Taïwan. Annoncée le 17 décembre dernier, elle comprend huit types d'armes, dont des lance-roquettes multiples HIMARS, des canons d'artillerie automoteurs M109A7, des missiles antichars et des drones pour un montant total de 11,1 milliards de dollars américains (9,5 milliards d'euros). Il s’agit de la deuxième transaction de ce type depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, et de la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a largement condamné l’annonce, considérant qu’elle « viole le principe d'une seule Chine (...) et porte gravement atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale » du pays. En représailles, Pékin a imposé des sanctions à vingt entreprises américaines de défense, dont le conglomérat de l'aéronautique Northrop Grumman - quatrième entreprise d'armement dans le monde - et la filiale défense de Boeing. Les firmes visées ne peuvent plus travailler avec des groupes chinois et leurs éventuels actifs financiers en Chine sont gelés. Ces entreprises faisant peu d’affaires avec la Chine, les sanctions ont une portée symbolique.
Un contexte de tensions sino-japonaises autour de Taïwan
Ces manœuvres militaires interviennent également dans un contexte de tensions diplomatiques entre la Chine et le Japon au sujet de Taïwan.
Peu après sa nomination à la tête de l’exécutif japonais en octobre dernier, la Première ministre Sanae Takaichi avait provoqué la colère de Pékin. Dans des déclarations au Parlement le 7 novembre, elle avait affirmé qu'une attaque chinoise sur Taïwan pourrait constituer une "menace existentielle" pour le Japon, justifiant une intervention militaire. La Chine avait qualifié ces propos de « ligne rouge franchie » et enclenché un boycott massif contre l’archipel. L’importation de fruits de mer japonais a de nouveau été interdite, après un premier embargo en août 2023 suite au rejet dans l'océan par l'entreprise TEPCO d'eau contaminée de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Le secteur japonais du tourisme est aussi affecté : la Chine a appelé ses ressortissants à ne pas voyager au Japon et presque 2 000 vols à destination de l’archipel nippon ont été annulés en décembre.
Fin novembre, la diplomatie taïwanaise a fait appel à la solidarité de ses ressortissants, les exhortant à voyager plus souvent au Japon et à acheter davantage de produits nippons.
Taipei a par ailleurs reçu plusieurs délégations d’anciens ministres et de parlementaires japonais la semaine passée, dont le secrétaire général par intérim du Parti libéral démocrate (PLD), parti de Sanae Takaichi. La situation géopolitique autour de l’île et la coopération bilatérale entre les deux pays étaient au cœur des discussions.