Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), s’est exprimée hier 5 janvier dans une Tribune du journal Le Monde à propos des manœuvres militaires chinoises non annoncées au préalable, qui se sont déroulées les 29 et 30 décembre derniers autour de Taïwan. Lors de ces exercices de tir réel « Mission Justice 2025 », l'Armée populaire de libération (APL) a notamment lancé 27 roquettes dans les eaux à proximité de Taïwan.
Valérie Niquet a écrit que l'ampleur de ces exercices reflète “une incertitude stratégique fondamentale”. Alors que le Président chinois Xi Jinping a souligné à plusieurs reprises l'impératif de conquérir Taïwan, “une victoire militaire est loin d’être assurée”, bien que l’APL monte en puissance. Cette incertitude explique, selon Valérie Niquet, la multiplication d’exercices militaires largement médiatisés.
Elle estime que ces exercices ne servent pas uniquement à l'entraînement, mais aussi à intimider et installer l'idée que l'Armée populaire de libération (APL) est invincible et que toute tentative de soutien extérieur entraînera une détérioration rapide de la situation régionale. La chercheuse a constaté que depuis 2022, la Chine a “normalisé ce type de manœuvres d’encerclement” de Taïwan, mais que l’accent porte désormais davantage sur la lutte contre toute « ingérence étrangère ». Cette rhétorique vise à se décharger préventivement de la responsabilité d’une crise et à présenter les pays étrangers comme les instigateurs potentiels de l'escalade.
Valérie Niquet souligne que si la Chine concentrait auparavant son discours sur la critique des autorités taïwanaises et du « séparatisme », elle s’adresse désormais aussi à l'environnement stratégique de Taïwan. Pékin cherche ainsi à éliminer les facteurs politiques et psychologiques d'un soutien extérieur, principalement de la part des États-Unis et de certains pays de la région, notamment le Japon. L'objectif est de susciter un climat de fatalité et de saper la volonté de résistance des Taïwanais et des alliés de Taïwan.
Selon la chercheuse, le sentiment d’urgence s’est accentué pour le gouvernement chinois, qui est confronté au ralentissement de la croissance économique. Dans ce contexte, la menace d'un blocus de Taïwan représente une stratégie de coercition progressive, évitant une guerre ouverte. Une telle stratégie d'endiguement permettrait à la Chine d'asphyxier Taïwan sans l'envahir et de tester les réactions de toutes les parties sans déclencher immédiatement un conflit armé, précise-t-elle.