Alors que le Président Lai Ching-te (賴清德) avait proposé le 27 novembre dernier un projet de budget spécial de la défense, doté d’une enveloppe supplémentaire de 1250 milliards NTD (plus de 34 milliards d’euros), celui-ci n’a toujours pas été approuvé par le Yuan législatif dominé par l’opposition KMT-TPP. Hier, comme l’avait prévenu Huang Kuo-chang (黃國昌) à son retour d’une visite éclair aux Etats-Unis, le groupe parlementaire du Parti populaire taïwanais (TPP) a fait une proposition alternative qui porte principalement sur les acquisitions d’équipements militaires auprès des Etats-Unis. Ce texte listant six équipements à acquérir, dont l'obusier automoteur M109A7, le lance-roquettes multiple HIMARS et les systèmes de missiles antichars pour drones, pour un budget total plafonné à 400 milliards NTD (10,7 milliards d’euros), alloué annuellement.
Le ministère de la Défense a tenu une conférence de presse ce 27 janvier pour s’exprimer au sujet de cette proposition du TPP. Selon le ministère, celle-ci omet de nombreux points importants, tels que l’augmentation des capacités de production militaire locale, le développement des capacités de commandement, de contrôle, de communication, d’informatique, de cyberdéfense, de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (C5ISR) et la mise en place d’une chaîne d’approvisionnement évitant la Chine. La proposition de loi du TPP est ainsi jugée incomplète et dépourvue d’évaluation professionnelle par le ministère de la Défense.
Huang Wen-chi (黃文啓), directeur du département de la planification stratégique de la Défense, a déclaré : « Nous espérons soutenir l'industrie militaire nationale et lui permettre de participer à la production d'armements. Sans budget et demande suffisants, les fabricants ne peuvent pas investir d'emblée des sommes importantes sur un marché dont l'avenir est incertain. »
Il a ajouté que si la version du TPP était adoptée par le Yuan législatif, cela empêcherait la Défense taïwanaise de mener à bien ses projets initiaux. Taïwan est une société démocratique où les projets de loi pouvaient faire l'objet de débats, cependant le ministère de la Défense a indiqué avoir déjà communiqué avec les députés lors de réunions à huis clos et avec le public par le biais de rapports non classifiés. Dans le contexte international actuel, certaines procédures d'acquisition confidentielles sont inévitables aux premières étapes des achats d'armements, mais elles seront rendues publiques en temps voulu, a précisé Huang Wen-chi.
Le ministère de la Défense a par ailleurs expliqué que les armes et équipements acquis auprès des États-Unis grâce à des budgets spéciaux avaient fait l'objet d'étroites négociations entre Taïwan et les Etats-Unis pendant plus d'un an, afin d’en confirmer les modalités, conformément aux exigences américaines en matière de ventes d'armes.
Le Parti démocrate progressiste (DPP) porte également un regard critique sur la proposition de loi du TPP, soulignant qu’elle ne mentionne pas la volonté du gouvernement de se doter d’un “T-dome” (bouclier antimissile et antiaérien intégré) et comporte des risques de fuites de secrets en termes d’acquisitions militaires puisque le TPP dans son rapport a listé la valeur exacte de toutes les armes, alors que pour chaque acquisition, il y a une partie de valeur secrète et non secrète.