Cheng Li-wun (鄭麗文), l’actuelle présidente du principal parti d’opposition, le Kuomintang (KMT), se rend aujourd’hui en Chine jusqu’au 12 avril, à l’invitation du gouvernement chinois. Accueillie à Shangaï par Song Tao, directeur des affaires taïwanaises du PCC et du gouvernement chinois, Cheng Li-wun devrait rencontrer le Président chinois en sa qualité de secrétaire général du Parti cimmuniste (PCC) Xi Jinping durant son séjour.
S’exprimant à ce sujet ce matin devant le Yuan législatif, le Premier ministre taïwanais Cho Jung-tai (卓榮泰) a indiqué que cette visite sera suivie de très près. Se référant à la défaite du KMT face au PCC lors de la guerre civile en Chine, et notamment à la reddition de la garnison nationaliste de Pékin aux forces communistes par Fu Zuoyi lors de négociations secrètes, il a mis en garde contre des points faibles dont pourrait tirer profit Pékin : « En réalité, d’un point de vue historique, ce qui a joué le plus grand rôle dans la défaite finale n’est pas seulement l’affaire d’espionnage de Wu Shih (吳石), mais aussi le “modèle de Pékin” de Fu Zuoyi (傅作義). Ce sont la capitulation, la non-résistance et l'inaction qui ont conduit au célèbre "modèle de Pékin". Je ne pense pas qu'à Taïwan, quiconque puisse accepter ce genre de passivité aujourd'hui. »
Le président de la Commission ministérielle des affaires continentales (MAC) Chiu Chui-cheng (邱垂正), a réitéré que le gouvernement taïwanais soutenait les échanges entre les deux rives dans le respect des principes d'égalité, de dignité, de respect mutuel et d'absence de conditions politiques préalables. Cependant, il s'oppose fermement à toute action qui instrumentaliserait ces échanges pour brader la souveraineté et les intérêts nationaux et porterait atteinte à la liberté et à la démocratie taïwanaise.
Par ailleurs, plusieurs organisations indépendantistes (le parti pour la construction de l’Etat taïwanais, World United Formosans for Independence, le New Power Party, le parti Vert, ainsi que Taiwan Obasan Political Equality Party) ont tenu une conférence de presse hier. Selon eux, compte tenu de la pression militaire continue du PCC sur Taïwan et du blocage persistant du budget spécial de la défense par le KMT, la visite de Cheng Li-wun pourrait laisser penser que le KMT “rend des comptes” au gouvernement chinois, ce qui fait le jeu de la propagande et des tactiques de front uni de Pékin. Les intervenants ont souligné qu’aucun accord entre le KMT et le PCC ne saurait lier le peuple taïwanais.
Avant son départ ce matin, Cheng Li-wun a tenu une conférence de presse au siège du KMT, déclarant que sa visite était placée sous le signe de la paix, pouvant “transformer l’endroit le plus dangereux au monde en l’endroit le plus sûr”. Elle a déclaré : « Donc cette visite en Chine continentale vise précisément à montrer au monde que Taïwan n'est pas la seule partie à espérer la paix. Je crois que chacun souhaite constater, à travers ce voyage pour la paix, la sincérité et la détermination du Comité central du PCC en faveur d'un dialogue et d'échanges pacifiques entre les deux rives, afin de résoudre tous les différends possibles. »
Cheng Li-wen a dit espérer que sa visite en Chine démontrerait au Parti démocrate progressiste (DPP), actuellement au pouvoir à Taïwan, que la paix entre les deux rives du détroit n'était pas aussi difficile qu'il n'y paraît.
Le Président Lai Ching-te (賴清德) qui a pris part en cette journée de la liberté d’expression à une cérémonie commémorative des 37 ans de l’immolation du militant Nylon Deng (鄭南榕), a quant à lui affirmé que, bien que Taïwan ait réalisé des progrès démocratiques considérables, le pays restait confronté aux menaces de la Chine. Selon Lai Ching-te, la paix ne se résume pas à l'absence de guerre, mais implique la garantie de la souveraineté et le maintien d'un ordre social démocratique.
Ce matin, peu avant son départ, Cheng Li-wun a dévoilé les 13 membres de sa délégation. En plus des trois vice-présidents du KMT, la délégation compte également entre autres des responsables de la propagande, des affaires continentales, des affaires de la jeunesse ou encore des affaires internationales.