Depuis quelques semaines, la députée du Parti populaire taïwanais (TPP), Li Zhenxiu (李貞秀), est au cœur d'une polémique sur sa nationalité. N’ayant pas obtenu de preuve d’abandon de sa nationalité chinoise d’origine, le gouvernement estimait qu’elle ne devrait pas pouvoir exercer en tant que députée, une fonction qui exige, selon la loi, de n’avoir que la nationalité taïwanaise. Ainsi, le Premier ministre et d’autres membres du gouvernement, qui avaient été interrogés par Li Zhenxiu devant le Yuan législatif, ont toujours refusé de répondre à ses questions.
Hier 13 avril, le comité central de révision du parti s’est réuni pour examiner son cas et a décidé de l’exclure du TPP avec effet immédiat. Elle perdra ainsi son statut de députée, n’étant pas élue d’une circonscription mais députée élue sur la liste du parti. Le président du TPP, Huang Kuo-chang (黃國昌), a déclaré lors d’une interview hier, faisant allusion à Li Zhenxiu, que les députés élus se devaient de répondre aux attentes de leurs partisans et tenir leurs promesses électorales, et non se contenter de défendre leurs droits personnels.
Huang Kuo-chang a précisé que le cas de Li Zhenxiu ne remettait pas en cause la présence de conjoints d’origine chinois ou étrangère parmi les candidats du parti, ce qui avait été décidé dans un souci d’inclusivité et afin que les centaines de milliers de familles concernées à Taïwan puissent se sentir représentées.
La déclaration du comité central de révision du parti mentionne comme raisons de cette exclusion : nombreuses déclarations et actions ayant gravement nui à la réputation du parti, manquements répétés aux obligations, manque de respect pour la fonction publique et la confiance des électeurs (notamment parce qu’elle a exigé une compensation financière en contrepartie de sa démission), ainsi que violation grave de la discipline du parti et de l'éthique politique.
Conformément à l'article 32 du Règlement disciplinaire du parti, lorsqu'un membre du TPP, siégeant en qualité de représentant, enfreint les procédures de son groupe parlementaire, ce dernier peut traiter l'affaire selon ses mesures disciplinaires. Toutefois, dans les cas les plus graves, l'infraction est passible d'une sanction allant jusqu'à l'exclusion. L'article 36 stipule que les autres infractions disciplinaires commises par des membres du parti peuvent être décidées sur proposition de plus de la moitié des membres présents au Comité central de révision, et adoptées à la majorité des deux tiers. Le Comité central de révision a décidé, rapidement, fermement et à l'unanimité, le 13 avril, d'exclure Li Zhenxiu du TPP avec effet immédiat.
Li Zhenxiu a quant à elle déclaré que le TPP avait décidé de prendre des mesures disciplinaires à son encontre parce qu’elle avait mentionné en public au mois de mars dernier que la maire de Hsinchu, Kao Hung-an (高虹安), avait accepté 7 millions NTD (188 000 euros) du fondateur du TPP, Ko Wen-je (柯文哲).
Elle a accepté son exclusion du parti, renoncé à toute action en justice, mais elle a toutefois aussi réfuté les accusations selon lesquelles elle aurait demandé une contrepartie financière à son éventuelle démission.
Le bureau des procureurs de Taipei a annoncé ce 14 avril avoir déjà établi une enquête à l’encontre de Li Zhenxiu pour falsification de documents et corruption à la suite de plusieurs plaintes de la population. Selon ces plaintes, Li Zhenxiu aurait dissimulé des informations, suivi une procédure incomplète ou commis d’autres irrégularités lors de son inscription en tant que candidate du TPP.
Selon l’ordre des candidats du TPP sur la liste des députés sans circonscription aux élections parlementaires du 2024, le candidat qui suit Li Zhenxiu est Hsu Chun-hsin (許忠信). Hsu Chun-hsin, 61 ans, docteur en droit de l’université Cambridge, est actuellement professeur en droit à l’université Cheng Kung. Il a été député entre 2012 et 2014, sur la liste nationale du parti Union pour la solidarité de Taïwan (TSU) qui défend l'indépendance de Taïwan.