Suite à la rencontre entre Cheng Li-wun (鄭麗文), présidente du principal parti d’opposition à Taïwan, le Kuomintang (KMT), et le Président chinois Xi Jinping le 10 avril dernier, le gouvernement chinois a annoncé dix mesures à l’égard de Taïwan. Ces mesures, qui visent à faciliter les échanges interdétroit dans des domaines tels que les transports, la vente de produits agricoles et halieutiques, les échanges culturels et cinématographiques, ainsi que le tourisme, ont été accueillies avec un grand scepticisme par le gouvernement taïwanais.
Des groupes de la société civile et certains partis politiques ont réagi ce matin, en organisant une manifestation devant le siège du KMT. Etaient notamment présents le Taiwan Citizen Front, la Taiwan Economic Democracy Union, l’Association taïwanaise pour les droits humains, la Fondation Koo Kwang-min et le Parti pour la construction de l’Etat taïwanais. Les participants ont scandé des slogans tels que « rejetons le cadre de paix d'une seule Chine », « rejetons la fausse paix et la vraie unification ».
Lai Chung-chiang (賴中強), coordinateur du think tank Taiwan Economic Democracy Union, a vivement critiqué la proposition de Cheng Li-wun, lors de sa rencontre avec Xi Jinping, que le KMT et le PCC promeuvent conjointement l'institutionnalisation de la paix dans le détroit. Selon Lai Chung-chiang, cela revient à reprendre à son compte les objectifs du gouvernement chinois, alors que celui-ci menait simultanément des exercices militaires autour de Taïwan.
Lai Chung-chiang a déclaré : « Si Taïwan n’avance pas davantage vers « l’unification » avec la Chine conformément au consensus entre le KMT et le Parti communiste chinois, et si le grand renouveau de la nation chinoise prôné par Xi Jinping n'est pas réalisé, la carotte sera remplacée par le bâton, et la paix par des exercices de tirs de missiles. Ce « cadre de paix » contraint les Taïwanais à devenir chinois. La société civile taïwanaise doit exprimer son rejet ferme et protester contre cette version « exclusivement chinoise » du système de paix entre les deux rives du détroit. »
Huang Ting-wei (黃亭偉), chercheur de ce think tank, a précisé que le programme pilote de voyages individuels à Taïwan pour les résidents de Shanghai et de la province du Fujian, était en réalité soumis à une demande de séjour auprès du ministère chinois de la Culture et du Tourisme via les agences de voyage. Dans de nombreux cas, les touristes individuels sont intégrés à des groupes de touristes chinois dès leur arrivée à Taïwan. Il a appelé les Taïwanais à ne pas retomber dans le piège politique et économique des prétendues « politiques préférentielles pour Taïwan ».
En réponse, le Comité central du KMT a dépêché sur place une délégation de jeunes, composée de plusieurs candidats au conseil municipal de Taipei, brandissant des drapeaux de la République de Chine, Taïwan et scandant des slogans tels que « le peuple ne veut pas la guerre, il veut la paix ». Ils ont souligné que les dix mesures du gouvernement chinois rétablies permettraient d’améliorer le niveau de vie des Taïwanais. Les deux parties ont échangé des piques, mais aucun affrontement n'a éclaté.