La Commission nationale des droits humains et le Bureau français de Taipei (BFT) ont organisé ce mercredi 24 juin une conférence de presse sur le partage de l’expérience de la France dans l’abolition de la peine de mort, organisée dans un contexte de débat public ravivé par plusieurs affaires récentes liées à la conduite sous stupéfiants et aux escroqueries.
Le directeur du Bureau français de Taipei, Franck Paris, a partagé l’expérience de la France: « Lorsque la peine de mort a été abolie en France, l'abolition était minoritaire, très minoritaire dans l'opinion publique française. Le droit a précédé l'opinion, et l'opinion a progressivement rejoint le droit. Au regard de cette expérience, l'argument selon lequel “l'opinion publique n'est pas prête” peut être relativisé. Deuxièmement, il n'y a jamais d'acquis dans le domaine des droits humains, et nous sommes toujours exposés, pour l'abolition de la peine de mort comme dans d'autres domaines, à un risque de régression. »
La vice-présidente de la Commission, Chi Hui-jung (紀惠容), a affirmé que la peine de mort et la torture ne répondent pas aux standards internationaux des droits humains. Elle a déclaré : « L'exemple des pays avancés ayant aboli la peine de mort montre que cela n'a pas entraîné de hausse de la criminalité, et que la mise en œuvre s'est faite dans de bonnes conditions. Taïwan doit regarder cette réalité en face. La Commission soutient l'abolition de la peine de mort, et nous appelons solennellement Taïwan à franchir cette première étape essentielle : ne plus exécuter. »
Kao Yung-cheng (高涌誠), membre de la Commission nationale des droits humains, a indiqué que l'abolition de la peine de mort figure parmi les priorités de la Commission depuis sa création, avec pour objectif de favoriser le dialogue entre partisans et opposants, familles de victimes et associations concernées. Il a toutefois précisé que des coupes budgétaires récentes ont compromis le programme de dialogue social initialement prévu, freinant cette dynamique.
Franck Paris a averti que le dysfonctionnement d'une institution chargée de protéger les droits humains constituerait un signal inquiétant de recul démocratique, rappelant que même dans les sociétés démocratiques, la protection de ces droits reste un chantier permanent, et que la coopération et les institutions jouent un rôle majeur pour cela. Concernant la réduction du budget à laquelle fait face la Commission taïwanaise, il a ajouté cela ne relevait pas d’une question politique, mais d’une question de défense des acquis de la démocratie à Taïwan.