Akio Yaita, PDG du think-tank stratégique Indo-Pacifique, a été agressé hier 6 juin à l’issue d’une conférence organisée par la Fondation Spring Rain dans un hôtel à Taichung, dans le centre de Taïwan. Après avoir identifié le suspect par vidéo-surveillance, la police l’a arrêté à l’aéroport dans l’après-midi, avant qu’il ne s’envole pour la Corée du Sud. Dénommé Liao (廖), 33 ans, celui-ci d’origine chinoise et doté d’un passeport hongkongais, serait entré à Taïwan début juillet.
Selon la Commission ministérielle des affaires continentales (MAC), il s’agit du « premier cas de répression transnationale » à Taïwan depuis l'entrée en vigueur de la loi chinoise sur l'unité nationale et le progrès ethnique le 1er juillet dernier, affirmant que le gouvernement ne prendrait pas l'affaire à la légère et punirait sévèrement l'auteur de l’agression. Il n’est toutefois pas établi à ce stade que cette agression soit directement liée à cette loi qui vise à forger un sentiment d'appartenance à la nation chinoise, étant donné qu’Akio Yaita est d’origine sino-japonaise (et a été naturalisé taïwanais en 2024), même s'il a fréquemment formulé des commentaires critiques à l'égard de la Chine.
La Vice-Présidente de la République, Hsiao Bi-khim (蕭美琴) a fermement condamné cette agression aujourd’hui lors d’une conférence sur le thème des réseaux d’influence de la Chine. Elle a en outre déclaré : « Quelles que soient les opinions, nous aspirons à évoluer dans un environnement sûr et respectueux, et la violence est absolument inacceptable. Cet incident est un avertissement pour Taïwan. Nous devons préserver notre liberté d'expression, et chacun doit redoubler d'efforts. »
La porte-parole de la Présidence Karen Kuo (郭雅慧) a également exprimé sa plus ferme condamnation. Selon elle, cet incident met en lumière le recours par la Chine au harcèlement, à la traque et à la coercition pour étouffer les voix dissidentes et museler la liberté d'expression dans le monde entier, révélant ainsi la véritable nature du régime chinois.
Karen Kuo a rappelé qu'entre 2024 et le 30 juin de cette année, 374 Taïwanais avaient été détenus ou avaient vu leur liberté individuelle restreinte lors de leurs déplacements en Chine. Depuis l'entrée en vigueur, le 1er juillet, de la « Loi sur l'unité nationale et la promotion du progrès ethnique », il est impératif que les voyageurs redoublent de prudence et veillent à leur sécurité personnelle lors de leurs déplacements en Chine.
Selon les procureurs qui ont interrogé le suspect, celui-ci aurait agi avec des complices. Le Parquet a requis une détention provisoire qui limite drastiquement ses contacts extérieurs. Il sera jugé sous le coup de la loi anti-infiltration entrée en vigueur en janvier 2020.
Akio Yaita a remercié tous ceux qui lui ont témoigné leur soutien, précisant que d’après lui, le suspect était bien préparé et qu'il convenait d'enquêter sur un éventuel lien avec la mise en œuvre de la « Loi sur l'unité nationale et la promotion du progrès ». Il a également souligné qu'il ne céderait pas et continuerait de défendre la démocratie et les libertés à Taïwan.