Le Kuomintang (KMT) et le Parti populaire de Taïwan (TPP), qui disposent ensemble de la majorité au Yuan législatif mais pas du gouvernement, ont envoyé en assemblée plénière mardi deux nouvelles propositions de référendum sur l’euthanasie et le nucléaire en les faisant passer directement en deuxième lecture. Cela porte à six le nombre total de textes visés pour coïncider avec les élections du 28 novembre :
Nucléaire. Le KMT souhaite « abandonner la politique énergétique visant à “un pays sans nucléaire”, afin de garantir la santé des citoyens, d'assurer un approvisionnement stable en électricité, de maintenir des prix abordables, de renforcer la résilience de la défense nationale et de soutenir le développement du secteur de l'intelligence artificielle ». Il s'agirait du quatrième référendum sur le nucléaire depuis 2018. Des associations rappellent que l'approvisionnement est resté stable depuis l'arrêt du nucléaire l’an dernier. Le gouvernement du DPP a par ailleurs laissé la porte ouverte à une reprise de la production d’énergie nucléaire, après des évaluations de sûreté, un consensus social et une solution pour le traitement des déchets radioactifs.
Euthanasie. Le TPP propose de « légaliser l'euthanasie, dans le respect du principe d'autonomie sur sa propre vie, afin de permettre aux personnes atteintes d'une maladie incurable et en proie à des souffrances insupportables de recourir, selon leur libre volonté et dans un cadre réglementé, à l'euthanasie, pour leur assurer une fin de vie digne. » Le président du parti, Huang Kuo-chang (黃國昌), justifie ce recours au référendum par l'absence de progrès législatif sur le sujet ces dernières années ; le Yuan Législatif n'a jusqu'ici pas légiféré à ce sujet.
Châtiments corporels. Le KMT souhaite « instaurer un dispositif pénal spécial de châtiments corporels (fouet), prononcé par les tribunaux et exécuté conformément à la loi, applicable aux crimes d'agression sexuelle, de maltraitance grave sur mineur, ainsi qu'aux escroqueries de grande ampleur et à leurs formes aggravées, afin de dissuader la répétition de ces infractions ». Ce texte reste très controversé : l'ex-président du TPP Ko Wen-je (柯文哲) a publiquement exprimé ses doutes, s'interrogeant sur sa compatibilité avec le statut de pays civilisé. Les opposants soulignent un risque pour l'image internationale de Taïwan en matière de droits humains.
Peine de mort. Le KMT demande « que les condamnations à mort prononcées par des collèges de juges, à tous les niveaux de juridiction, ne soient plus limitées à une décision unanime ». Ce texte s'oppose directement à une décision de la Cour constitutionnelle de 2024, qui avait maintenu la constitutionnalité de la peine de mort tout en imposant cette règle d'unanimité.
Transfert du lieu de vote. Porté par le TPP, ce référendum permettrait aux électeurs de voter sur leur lieu de résidence réelle plutôt qu'à l'adresse enregistrée à l'état civil, en « instaurant un système de vote de transfert applicable à l'ensemble des élections et référendums »
Amendes de circulation. Ce référendum vise à « affecter l'intégralité des recettes des amendes de circulation à l'amélioration de la sécurité routière et au financement des transports en commun, plutôt qu'à la multiplication des équipements de contrôle automatisé. »
Le DPP a critiqué cette stratégie de l’organisation des référendums en même temps que des élections locales des partis d'opposition, notamment sur le nucléaire, la peine de mort et les châtiments corporels, affirmant respecter le mécanisme référendaire tout en s'opposant à son instrumentalisation politique, qui ne devrait pas relever du populisme.
Ces six textes sont envoyés directement en 2e lecture, et sont en phase de négociation inter-partis ; leur formulation peut être modifiée. Chaque proposition doit également être validée par la Commission électorale centrale, et le texte final sera publié au plus tard le 30 août, c’est-à-dire 90 jours avant le vote. Une fois adopté, un référendum engage le gouvernement à en appliquer les résultats dans les deux ans.