Après que les lauréats aient été annoncés en novembre dernier, Wu Hsi-deh (吳錫德) et Victor Louzon se sont vu remettre les 29e Prix de la Fondation culturelle franco-taïwanaise lors d’une cérémonie organisée hier, lundi 14 septembre, à l’Institut de France. Wu Hsi-deh est professeur honoraire à l’Université Tamkang, où il a dirigé le département de français et a été doyen de la faculté des langues étrangères. Victor Louzon est maître de conférences à l'Université Paris Sorbonne, spécialiste des transformations politiques de Taïwan après la Seconde Guerre mondiale et de l’histoire politique moderne.
Cette 29e cérémonie de remise des Prix a également coïncidé avec le 30e anniversaire de la Fondation culturelle franco-taïwanaise. L'événement était co- présidé par Li Yuan (李遠), ministre de la Culture, et Jean-David Levitte, président de l'Académie des sciences morales et politiques de l’Institut de France. Plus de cent personnes y ont assisté, parmi lesquelles d'anciens lauréats, des membres du Collège de France et des personnalités des milieux politiques, universitaires et artistiques, témoins des échanges culturels de longue date entre Taïwan et la France.
Dans son discours, Li Yuan a déclaré que l'art était le chemin le plus court entre Taïwan et le monde et que la liberté et l'humanisme étaient des valeurs fondamentales partagées par Taïwan et la communauté internationale. Il a souligné que le Prix de la Fondation culturelle franco-taïwanaise n'était pas seulement une distinction, mais aussi un engagement culturel intergénérationnel qui permet à Taïwan et à la France de continuer à se rapprocher grâce à l'art, au savoir et aux valeurs humanistes, rassemblant des créateurs, des chercheurs, des enseignants et des traducteurs de différentes générations et disciplines.
Évoquant les deux lauréats de cette année, le ministre a rappelé que Wu Hsi-deh avait consacré plus de 40 ans à l’enseignement du français, à la traduction et à la recherche, formant ainsi près de 3 000 francophones, tandis que Victor Louzon enseignait l’histoire de Taïwan à la Sorbonne, contribuant à enrichir la recherche universitaire et le débat public en Europe sur l'expérience historique et le parcours démocratique de Taïwan.
Dans son discours de remerciement, Wu Hsi-deh, a affirmé qu’il préférait considérer ce Prix comme un hommage à l'amitié intellectuelle et culturelle franco-taïwanaise, plutôt que comme l'aboutissement de son parcours personnel. Il a aussi mentionné les changements induits par l’IA dans le domaine de la traduction :
« Je pense que l'IA est une bonne chose, c’est un outil. Aujourd'hui, avec mon téléphone portable, je peux choisir parmi de nombreuses options d'IA, ce qui me fait gagner un temps précieux en tâches administratives. Je peux ainsi économiser environ un tiers, voire deux cinquièmes, de la charge de travail et faire le reste moi-même. Mais l'IA ne peut pas remplacer les traducteurs professionnels et expérimentés. »
De son côté, Victor Louzon a souligné que, face à l'intérêt croissant de la société française pour Taïwan, il était d'autant plus urgent que le public comprenne véritablement l'histoire taïwanaise et que celle-ci ne doit jamais être réduite à un enjeu de négociation entre grandes puissances. Selon lui, l’écriture de l’histoire taïwanaise doit faire des Taïwanais les acteurs de leur propre histoire.
Dans une interview pour les médias taïwanais, Victor Louzon est revenu sur l’incident du 28 février 1947 :
« J'ai rencontré de nombreux Taïwanais qui ont vécu une histoire collective ou personnelle de manière très intime, mais ils ne m'ont jamais forcé à adopter leur point de vue. C'est aussi l’une des raisons pour lesquelles je considère Taïwan comme un terrain particulièrement propice à la recherche en histoire. »
À ses yeux, l’environnement de la recherche à Taïwan est non seulement propice à l'étude de l'histoire taïwanaise, mais constitue également un excellent point de départ pour l'étude de l'histoire de l'Asie de l'Est.
Pour clore la cérémonie, le maître marionnettiste Jean-Luc Penso, lauréat du Prix en 2006, a présenté un spectacle de marionnettes à gants taïwanaises, spécialement chorégraphié pour le 30e anniversaire de la Fondation, dans le grand hall de l'Institut de France.