Le Parlement taïwanais, contrôlé par l’opposition, a approuvé vendredi un plafond réduit dans le projet de loi de budget de défense, une décision globalement analysée comme une « première étape » mais insuffisante. Entre autres, des inquiétudes autour des retards dans les programmes de défense locaux qui pourraient nuire au renforcement militaire à long terme de Taïwan. Surtout, des questions autour du « double contrôle » du budget par le Yuan législatif qui pourrait bloquer au final tout budget relatif.
Le Yuan législatif a adopté le projet de plafond soutenu par l’opposition avec des dépenses fixées à 780 milliards de dollars taïwanais (plus de 24 milliards de dollars américains), tout en rejetant le projet du gouvernement, qui s’élevait à 1 250 milliards de dollars taïwanais, voulu par le président Lai Ching-te (賴清德).
Lai Ching-te : « un premier pas, pas une solution définitive »
Le président Lai Ching-te a souligné que l’adoption de cette loi permettait enfin d'envisager de lancer l’acquisition de plusieurs équipements clés, dont le système de lance-roquettes multiples HIMARS, après six mois de blocage et négociations. Cependant, il a dénoncé le double contrôle voulu par le Parlement qui risque de bloquer tout budget en dernier lieu pour les achats d'armements, après que le gouvernement aura établi et présenté pour la deuxième fois un budget précis des acquisitions souhaitées auprès des Etats-Unis.
Le président taïwanais a aussi indiqué que des projets essentiels tels que les contrats d’autonomie en matière de défense et les programmes conjoints de recherche et développement taïwano-américains ne sont pas encore pleinement intégrés. Il a exprimé l’espoir que le Yuan législatif poursuivra ses efforts pour accélérer la mise en œuvre complète des sept capacités majeures, en veillant à ce qu’aucune capacité de combat essentielle ne soit négligée.
Le projet de loi sur la défense reflète la rivalité sino-américaine
Su Tzu-yun (蘇紫雲), chercheur à l’Institut taïwanais de recherche sur la défense et la sécurité nationale (INDSR), a qualifié l’adoption du texte de « bon début ». Selon lui, cette loi spéciale pour la défense reflète surtout la lutte d’influence plus large entre la Chine et les États-Unis : « Pékin espérait présenter Taïwan comme réticent à renforcer ses capacités d’autodéfense afin de convaincre les États-Unis de mettre fin aux futures ventes d’armes. En face, les États-Unis voulaient que Taïwan démontre son engagement envers sa propre défense par des actions concrètes, et non seulement par des discours. »
Le chercheur estime que, dans le contexte de la rivalité entre Washington et Pékin, Taïwan a assumé le rôle d’un « joueur d’échecs » plutôt que celui d’un simple « pion », en démontrant sa volonté de soutenir l’autodéfense malgré les fortes tensions partisanes autour du projet de loi. Il ajoute d’ailleurs que ce processus a renforcé le système démocratique taïwanais.
L’industrie taïwanaise de défense confrontée à des incertitudes
Su Tzu-yun a toutefois exprimé l’espoir que les partis au pouvoir comme ceux de l’opposition soutiennent également l’industrie de défense locale de Taïwan, de préférence via de futurs budgets de défense complémentaires afin d’assurer aux fabricants « une plus grande stabilité pour investir dans la recherche et développement, les équipements et les matières premières ».
De son côté, Chieh Chung (揭仲), chercheur à l’Institut taïwanais de recherche sur la défense et la sécurité nationale (INDSR), estime que, puisque le financement des initiatives de défense locales avait été exclu du budget complémentaire, ces dépenses devraient désormais être intégrées au budget général, ce qui risquerait d’évincer des investissements prévus et des dépenses opérationnelles dans le cadre du « Plan quinquennal de renforcement des forces » du ministère de la Défense.