Le Festival international du documentaire de Taïwan (TIDF), qui s'est achevé le 10 mai dernier, avait organisé une double projection : celle du documentaire expérimental Expedition Content et de Dead Birds, classique du cinéma ethnographique.
Dead Birds est un célèbre documentaire réalisé par l'anthropologue américain Robert Gardner en 1964 sur les Hubula, un peuple autochtone de l'actuelle Papouasie occidentale. Le film est le résultat de cinq mois de tournage réalisés en 1961 dans la vallée de Baliem dans le cadre de la Harvard-Peabody Expedition menée par Robert Gardner, accompagné de l'anthropologue néerlandais Jan Broekhuijse, l'anthropologue américain Karl Heider, du naturaliste et écrivain américain Peter Matthiesson et du preneur de son Michael Rockefeller, décédé dans des conditions encore mal connues en novembre de la même année. Une expédition qui était financée par le gouvernement colonial néerlandais et des donateurs privés. Dead Birds filme des tribus Hubula engagées dans un cycle de violence perpétuel, vivant au rythme des deuils et des fêtes pour célébrer la mort d'ennemis.
La projection de Dead Birds a été précédée par celle d'un documentaire expérimental intitulé Expedition Content, réalisé en 2020 par l'artiste sonore américain Ernst Karel et l'anthropologue indonésienne Veronika Kusumaryati, tous les deux affiliés au Sensory Ethnography Lab. Il s'agit d'une œuvre sonore augmentée pour le cinéma, composée à partir de 37 heures de bandes d’archives issues des enregistrements sonores réalisés par Michael Rockefeller, héritier de la fortune de la Standard Oil, qui était chargé de capturer les sons et les images du monde de Hubula lors de l'expédition. À la fin de la projection, Ernst Karel et Veronika Kusumaryati sont revenus sur l'origine du projet et la découverte fortuite d'enregistrements sonores très problématiques qui révèlent la face cachée des membres de l'expédition.