La semaine dernière, un accident mortel est survenu à Taichung, dans le centre de Taïwan, sur la ligne verte de métro, faisant un mort et une dizaine de blessés.
Les circonstances du drame
Aux abords de la ligne, la flèche d’une grue en voie de démontage est tombée du 31e niveau de l’immeuble en construction, sur les rails du métro voisin. Le métro automatique, sans conducteur, s’est rapidement encastré dans les 3,3 tonnes de l’armature en acier, causant une dizaine de blessés et la mort d’une usagère. Mais les circonstances de la collision posent question, tant le drame aurait pu, ou dû être évité.
Selon la société Highwealth Construction, le câble soutenant la flèche de la grue de 40 m et 3,3 tonnes aurait cédé, entrainant l’accident, selon le porte-parole de la société Liao Chao-hsiung (廖昭雄).
La société opératrice du métro de Taichung a indiqué que le temps de réaction entre l’alerte des agents de quai et de bord et l’activation du freinage forcé activé par le centre des opérations était trop restreint pour parvenir à réagir à temps, sachant que 41 secondes se sont écoulées entre le moment où la grue est tombée et la collision.
Absence de système d’actionnement d’alerte d’urgence
Aucune manette d’arrêt forcé n’existe dans les wagons du métro de Taichung, contrairement au métro du Nouveau Taipei par exemple, doté d’un système permettant l’arrêt d’urgence en 8 secondes. A Taichung, seul un interphone est à disposition pour relater un problème, un incident, une urgence, etc., et la procédure SOP est que la rame est stoppée à l’arrêt suivant. Pas de bouton d’urgence non plus sur les quais des stations, contrairement au dispositif existant sur le réseau métropolitain de Taipei.
Quid des capteurs ?
Chaque train est équipé de capteurs qui détectent un objet extérieur à une distance de 2 m, trop peu pour stopper la rame. Quant aux capteurs de voie, ils ne sont efficaces que si l’objet « intrus » touche le dessus des rails ou dérègle le système d’alimentation électrique. Là encore, des questions et une attente d’amélioration de sécurité...
L’enquête, les responsabilités
Renforcement du SOP du métro de Taichung
Peu importe les résultats de l’enquête sur les procédures standard d’opération du métro, le président de la société Lin Liang-tai (林良泰), qui a remis sa démission, s’est engagé à ce qu’une évaluation complète soit menée pour faire installer un système de manettes d’arrêt forcé dans les wagons comme le métro du Nouveau Taipei et sur les quais des stations comme à Taipei pour engager une réelle et nécessaire amélioration de la sécurité du réseau de transport.
La société de construction – problèmes à répétition
Une enquête est en cours et les procureurs de Taichung ont mené des premiers interrogatoires concernant une dizaine de personnes de la société du chantier de construction, Highwealth Construction – déjà pointée du doigt pour plusieurs manquements – et aussi écouter le déroulement du drame par l’agent de sécurité du métro, celui à quai et le chef de la station.
Quatre des personnes de la société de construction entendues par les procureurs sont suspectées d’homicide par négligence et atteinte à la sécurité publique et ont été libérées sous caution de NT$200000 (environ 6000 euros) à NT$500000 (15 000 euros).
Highwealth Construction, déjà mise à l’amende à hauteur de 300 000 dollars taïwanais par le ministère du Travail et 810 000 dollars par la ville de Taichung, pour un montant total de 1,11 million de dollars taïwanais ou plus de 35 000 euros, voit du même coup tous ses chantiers en cours suspendus par la mairie, par mesure de sécurité, jusqu’à nouvel ordre, d’autant que sept incidents de sécurité semblent l’impliquer sur les récents chantiers de construction. Un audit de sécurité et respect des procédures doit être mené par un tiers avant toute éventuelle reprise des chantiers.
Premières annonces de changements du SOP et de la sécurité du métro de Taichung
Des propositions ont été faites pour modifier et améliorer les protocoles dans les procédures d'exploitation standard. Le métro de Taichung s’oriente vers trois principaux axes d’amélioration dans sa procédure d'exploitation standard ainsi que l'introduction de deux mises à jour matérielles potentielles.
-La société a déclaré que le premier amendement au protocole verrait le renforcement, la normalisation et la mise en œuvre des signaux manuels d'alerte d'urgence. À l'avenir, si un employé de la gare voyait un accident potentiel, il doit lever et croiser les bras en "x" et avertir l’agent du train pour avoir le temps d’agir et contacter le centre d'exploitation du système et ordonner l'arrêt du train.
-Le deuxième changement incitera les passagers à bord des rames de métro à empêcher la fermeture des portes qui empêcherait le train de quitter la gare, en cas d’incident ou de risque.
-Le troisième point vise à garantir que l’équipement et sacoche des employés à bord du train soit plus maléable et facilement accessible, en même temps que le panneau d’accès sera toujours ouvert pour une intervention d’urgence rapide par quiconque à tout instant.
-Un autre point sur lequel travailler : la victime de l’accident n’a été découverte que près d’une heure après l’accident. Il s’avère que la procédure standard actuelle exige que les employés fouillent l’intérieur de tous les wagons de la rame en cas d’urgence. Ils veillent à l’ouverture des issues de secours et acheminent les passagers en lieu sûr pour une prise en charge. Les procédures actuelles n'incluent pas la fouille de l'extérieur de la rame et du lieu de l’incident. Le métro discute également de ce point dans les améliorations à apporter.